L’AIE brise le mythe de la sobriété énergétique

La recherche des profits à long terme est un bien meilleur guide que les modes du moment et les idéologies politiques.

L’AIE brise le mythe de la sobriété énergétique
Business et Marchés
Mar 4, 2025
Par 
Etienne Henri

La recherche des profits à long terme est un bien meilleur guide que les modes du moment et les idéologies politiques.

Le mythe d’une humanité éclairée qui opterait, des étoiles dans les yeux, pour la sobriété énergétique, est tenace. Parce qu’il offre une réponse facile à toutes les problématiques autour de l’énergie, il est adopté par une grande partie de la classe politique et la quasi-totalité des médias dits « progressistes ».

L’idée qu’il ne manquerait qu’une prise de conscience générale pour que nous consommions moins d’énergie, et ce volontairement, est séduisante. Elle permet de balayer d’un revers de main la question de la disponibilité énergétique, des concessions géopolitiques nécessaires à notre approvisionnement et des conséquences environnementales de notre mode de vie. Toutes ces problématiques ne seraient que temporaires et vouées à disparaître par elles-mêmes à mesure que les peuples se convertiraient à la sobriété choisie.

Penser que la tendance naturelle des sociétés est à la sobriété énergétique est séduisant… et faux. Le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) vient le rappeler : la soif d’énergie est inextinguible, dans les pays émergents comme dans les pays développés.

L’an passé, l’humanité a encore battu un record absolu de consommation d’énergie.

Ce bilan chiffré de l’année 2024 a le mérite de rappeler que, à part durant les périodes de crises économiques aigües, la consommation d’énergie de l’humanité est structurellement croissante, à mesure que les peuples augmentent leur niveau de vie. Et lorsqu’une zone géographique voit sa consommation d’énergie baisser, c’est qu’elle a externalisé son industrie énergivore vers ses partenaires commerciaux ou que le niveau de vie de ses habitants a chuté – une situation que tous s’emploient à corriger au plus vite.

Le rapport de l’AIE confirme que les politiques qui prônent une baisse drastique de la consommation d’énergie « toutes choses égales par ailleurs » sont illusoires, et que celles qui visent une baisse de la consommation d’énergie, peu importe les conséquences, promettent, en réalité, une baisse du niveau de vie des citoyens.

Ces contraintes rappelées, le rapport pointe toutefois la capacité jamais démentie de l’humanité à produire toujours plus d’énergie. Non seulement celle-ci est plus abondante que jamais, mais elle est aussi plus efficacement utilisée avec la production d’énergie renouvelable qui, quoique dépendante des hydrocarbures, permet de maximiser l’énergie générée pour chaque baril de pétrole pompé et chaque mètre-cube de gaz extrait.

Lorsque les acteurs du monde de l’énergie sont libres de faire leur travail sans être englués par les règlementations, les distorsions de concurrence et les idéologies politiques, ils sont capables d’offrir à l’humanité une énergie de plus en plus abondante, accessible, et propre – pour le plus grand bonheur des citoyens qui peuvent voir leur niveau de vie s’améliorer.

2024 : année record pour la consommation d’énergie

L’AIE calcule que, l’an passé, la demande mondiale en énergie a augmenté de 2,2% par rapport à 2023. La Chine reste l’économie dont les besoins augmentent le plus rapidement, avec une croissance en valeur absolue supérieure à celle de l’Inde.

Ralentissement de la mondialisation oblige, l’Europe a également vu sa consommation augmenter. La progression est minime (+0,5%), mais elle marque une rupture de tendance franche : depuis 2017, la consommation d’énergie totale était à la baisse sur le Vieux Continent.

Les fossiles continuent de jouer un rôle majeur dans le mix énergétique. La demande en pétrole a continué d’augmenter (+0,8%), tandis que le gaz naturel a atteint un record historique de production, avec une hausse de 2,7% sur un an. Même le charbon a vu sa consommation augmenter de 1% sur l’année.

Mais que même les plus fervents écologistes ne désespèrent pas : dans le même temps, l’humanité a grandement amélioré son efficacité énergétique. D’une part, la croissance économique se fait au prix d’une consommation d’énergie finale moindre : les 2,2% d’énergie supplémentaire produite ont permis d’alimenter une croissance mondiale de 3,2%. En Chine, la hausse de 2,9% de l’énergie consommée a alimenté une croissance de 5%.

demande mondiale énergie électricité Evolution de la demande mondiale d’énergie (2,2%, en bleu foncé), du PIB (3,2%, en bleu clair), et de la demande d’électricité (4,3% en vert) en 2024. Infographie : AIE

Par ailleurs, l’effet de levier des renouvelables continue d’offrir à l’humanité toujours plus d’énergie à consommation primaire équivalente. En Europe, la quasi-totalité de la nouvelle énergie consommée l’a été sous forme d’électricité ; et celle-ci a été principalement produite par des énergies renouvelables ou du nucléaire.

La part du pétrole, bien plus polluant que le gaz naturel et dont les ressources prouvées exprimées en année de consommation sont bien plus faibles, continue de baisser. Elle représente désormais moins de 30% de notre mix énergétique – une diminution de près d’un tiers en un demi-siècle.

De manière générale, l’électrification de l’économie mondiale se confirme.

La hausse de la demande en énergie a été principalement tirée par la hausse de la consommation d’électricité (+4,3% sur un an). Et grâce à la multiplication des capacités de production renouvelables et du retour en force du nucléaire, les énergies « bas carbone » représentent désormais 40% de l’électricité produite sur la planète.

De plus en plus, les énergéticiens optent pour le tandem renouvelables/centrales à gaz, qui permet d’utiliser au mieux les ressources fossiles en ne faisant tourner les centrales à flamme qu’une partie de la journée.

demande en énergie par source d'énergieEvolution de demande en énergie, par source. La Chine alimente la moitié de sa hausse grâce aux énergies bas-carbone (et le tiers en comptant le gaz naturel)

Cette année encore, la consommation d’énergie devrait augmenter. Elle devrait encore croître de 4%, tandis que la demande en électricité devrait augmenter encore plus rapidement (entre 6% et 7%).

Pour vos investissements, ne pariez pas contre cette tendance jamais démentie et faites confiance aux énergéticiens pour savoir quelle est la meilleure manière de produire de l’énergie de la manière la moins chère et la plus durable possible.

Dans ce domaine, la recherche des profits à long terme est un bien meilleur guide que les modes du moment et les idéologies politiques.

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